MONTRÉAL – En rentrant à la maison ce jour-là, Oleg Petrov avait hâte de savoir si son nouveau club avait bien annoncé son embauche. L’entente était verbale, mais sous le sceau de la parole donnée, la suite devait n’être qu’une formalité. Pourtant, la nouvelle n’a pas été diffusée et ne l’a pas été par la suite. Aux actualités, c’était plutôt l’annonce d’une tragédie qui l’attendait : tous les membres de sa nouvelle équipe moins deux personnes avaient péri dans l’écrasement de l’avion qui les transportait vers le premier match de la saison. La nouvelle équipe d’Oleg Petrov, le Lokomotiv de Yaroslavl, venait de disparaître.
De ce côté-ci de l’Atlantide, même ceux qui suivent le hockey de près ne semblent pas avoir été au courant de l’embauche de Petrov par le Lokomotiv non plus que de ce détail : l’ancien ailier droit du Canadien, aujourd’hui âgé de 40 ans, est installé en permanence à Montréal. Il a d’ailleurs acquis la nationalité canadienne, il est marié à une Québécoise qui lui a donné deux filles en plus d’Anton, né de sa première union. Étant partenaire d’une entreprise montréalaise de construction, il laisse son associé mener les affaires puisque, depuis le 1er novembre, il joue au hockey à l’étranger… en Russie, plus précisément avec le Ak-Bars, à Kazan dans le Tatarstan.

Oleg Petrov venait de se joindre au Canadien, en 1993, lorsqu'Elena Botchorichvili et Réjean Tremblay l'ont rencontré pour une interview. PHOTO ROBERT MAILLOUX
Ces renseignements proviennent du site internet de Sport Express, autant dire de Moscou.
Comme les journaux d’ici ne font pas un monitoring constant de ce qui s’écrit à l’étranger, personne à Montréal n’a su au sujet de Petrov et personne n’est allé l’interroger dans les heures qui ont suivi la plus grande tragédie de l’histoire du hockey. La prochaine fois que la ligue russe sera en vacances et que l’électrisant attaquant rentrera au Québec pour savourer un repos bien mérité, je miserais un petit deux que personne n’ira lui poser la question qui vous brûle les lèvres : « Pis ? »
Schubert est sauvé !
Autre sorte d’aréna, à surface liquide celui-là…
Nos petits ont sauté dans l’eau tiède de la piscine Hochelaga, l’autre dimanche, pour vivre leur toute première compétition de water-polo. Nos deux équipes avaient quelque chose à fêter : leur home, le petit bain Schubert, est sauvé !
Au cours des semaines précédentes, z’en effet, le maire Luc Ferrandez du Plateau avait décidé de la fermeture de l’une des plus vieilles piscines de Montréal pour une période d’un an, une histoire de budget, d’administration publique et, surtout, l’occasion d’une chicane politique entre le parti Projet Montréal du petit maire et Union Montréal du grand maire Tremblay. Le sauvetage in extremis du bain Schubert est un camouflet à la face du parti de Richard Bergeron pour qui, je regrette de le penser, les apparences ont préséance sur la transparence et la vertitude. J’en veux pour preuve l’absence d’un seul mot sur le sujet dans le bulletin de Projet Montréal. Pourquoi se donner le mal d’avoir l’air niaiseux ? On fait de la politique ou en n’en fait pas. Qu’on me pardonne de ne pas partager la belle unanimité de Madame Bazzo sur le monsieur.
L’équipe A de Schubert a remporté ses trois matches par des scores astronomiques, des 14-0, 16-0, dans ces eaux-là. L’équipe B, verte d’inexpérience et qui en était à sa première compétition, a vécu l’inverse avec des 0-10, 0-14 et un petit 1-12, notre unique but étant l’oeuvre de Marcos, un p’tit gars du quartier. Sir Georges vivait sa première compétition de n’importe quoi à vie, pour la première fois il avait un but derrière lui à protéger, un but devant à attaquer, des rivaux à combattre et des coéquipiers à aider et je pense qu’il a pris conscience de cette réalité qu’on appelle le match et de sa corollaire, l’équipe. Je crois qu’une grande révolution s’est produite dans son esprit car subitement, il a joué les quarts-arrières lorsqu’il a eu le ballon, exhortant ses coéquipiers à se porter à l’attaque : « Avancez ! Avancez ! » Avant d’adresser une passe parfaite dans les lignes ennemies…
Des parents assis à côté de nous, et qui s’époumonnaient en faveur de nos adversaires, nous ont adressés un encourageant : « Nous aussi, l’an dernier, nous débutions, et nous perdions 14-0… »
Bref, comme tant d’autres parents terriens, nous venons d’atterrir sur la planète aréna. C’est dans cette enceinte, qui accouche de jeunes sportifs, que le vocable « enwèye ! » prend tout son sens.
« Enwèye Georges, t’es capable ! »
Sauvons Fort Angrignon
À la suite d’une certaine réforme, des mairies ont poussé là où, naguère, il y avait de simples arrondissements, appellation pompeuse que l’on donne aux quartiers des villes pour faire parisien. La classe politique, au service d’elle-même comme toujours, a ainsi aménagé des petits trônes pour des petits maires, et je n’y vois pas le contraire de la centralisation mais bien plutôt un morcellement coûteux qui handicape la démocratie bien plus qu’il ne la stimule.
Ici, une piscine Schubert, là un Fort Angrignon qui va être abandonné pour une histoire de budget.
Ce qui m’étonne toujours, quand on sabre dans l’essentiel et dans l’intelligence publique, c’est l’absence d’équation entre ces gâchis et l’incurie administrative de nos dirigeants et, bien davantage, la corruption et la bêtise à l’état pur. Exemple : cent millions pour protéger les chefs des pays du G20 à Vancouver pendant trois jours, comment voulez-vous faire taire ceux qui les appellent crosseurs ?
Cela nous amène à Harper.
Accent circonflexe
C’est Maxime Bernier, ce colon digne d’un accent circonflexe, qui nous a annoncé la destruction pure et simple du registre des armes d’épaule. Ç’tivident ! Harper sait choisir son monde pour parler aux Québécois ! Le programme a coûté un milliard, comme c’est triste ! Mais les cons… laissez-moi donc finir ! les conservateurs ont obtenu la majorité absolue sans avoir une majorité de vote, ainsi va la démocrassie, comme c’est drôle !
Sainte-Eulalie Story
On retrouve des camions volés à Sainte-Eulalie. Cette affaire m’en rappelle une autre, en direct du Royaume de l’oubli.
Vous rappelez-vous le scandale qui a entouré la construction du Stade olympique de Montréal ? Tout le monde savait, tout le monde comprenait le petit manège : les camions remplis à ras bord de matériaux ou de machinerie entraient sur le chantier, quelqu’un signait le bond de réception puis, quelques minutes plus tard, le même camion ressortait, toujours plein de sa marchandise, et disparaissait dans la nature. On se plaisait à préciser, en racontant cette histoire, qu’un attardé mental était posté à la guérite, histoire de faciliter la tâche des bandits. Quelqu’un, quelque part, ne surveillait pas, ne voyait rien, dormait.
En fait, c’était le contraire du sommeil. Crime que c’était bien organisé !
Normalement, les camions de marchandises volés sur le chantier du stade ont dû faire la fortune de malfrats qui, s’ils n’étaient pas cons, sont ensuite devenus de respectables hommes d’affaires.
Le stade n’a pas été prêt en temps, honte à la face du monde ! et il a bien fallu essayer de comprendre pourquoi puisque les travaux avaient été entrepris dans les délais. Il y a donc eu commission d’enquête ( eh ! ), présidée par le juge Malouf, qui a mis au jour la fraude colossale ayant entouré l’aménagement des infrastructures olympiques de Montréal. Le maire Jean Drapeau a rejeté les conclusions de ce rapport et annoncé qu’il allait répondre au juge Malouf. Réponse qui, fallait-il s’en étonner, n’est jamais venue.
Les Québécois ont fumé ( et crevé ) pendant 25 ans pour payer ce stade inachevé livré à la gloire de l’incurie nationale et qui a servi de domicile à de nouveaux personnages qui ont dilapidé de leurs doigts crochus le patrimoine sportif – entendons ici les Expos, regrettée équipe de la Ligue nationale de baseball – pour s’en mettre eux aussi plein les poches. J’ai mis un point, mais la phrase continue : ce stade cancéreux qui n’a ensuite plus servi à grand-chose et qui, ayant été mal terminé, mal toituré, est juste bon à mettre à la poubelle. Le prochain béton à s’écrouler à Montréal pourrait bien être celui-là et ce ne sera pas la faute de Roger Taillibert mais de ceux qui ont laissé entrer la pluie. Attendons que la catastrophe se concrétise pour réclamer une commission d’enquête… En attendant, accepterez-vous de vous serrer la ceinture un peu plus et de payer des taxes pour injecter encore 7 millions dans cet hymne au béton ?
Oui mes amis, les gredins ont eu les coudées franches. On peut supposer que certains d’entre eux sont maintenant aux commandes de leviers payants de la société. Qui est ce philosophe – ou peut-être bien est-ce Patrick Lagacé ou Robespierre – qui affirmait en substance : je préfère être dans le rôle de celui qui fait élire l’homme qui sera au pouvoir, car je suis dès lors plus puissant que lui ? Machiavel sûrement.
D’où le terme caisse électorale. Le mieux étant de contribuer à tous les partis, de même, tu ne perds jamais tes élections. Et le premier ministre est un docile serviteur. La démocratie dure 12 heures, une fois tous les quatre ans ; le reste du temps, c’est le contracteur ou son beau-frère qui est au pouvoir. Pas toujours facile de savoir dans quel lit couche le premier ministre, c’est quand il part à la retraite qu’on peut le savoir ; s’il s’en va travailler pour un « contracteur » ou un bureau d’avocats, on est en droit de se demander cyniquement s’il ne continue tout simplement pas à travailler pour le même boss qu’avant…
Le temps est en train d’effacer les vieux péchés et il va s’occuper de ceux qui semblent tout récents mais qui ont également des origines anciennes – j’en veux pour preuve l’absence de mémoire collective à l’égard des habitudes de crimes qui ont pavé la voie au laxisme d’aujourd’hui. Le temps légitimise tout, même les dynasties fondées à leur origine sur la fraude et l’abus. Au fond, c’est là l’histoire du monde. Si un jour vous voyez le documentaire-pamphlet The Kingdom of Survival, cette idée sera élargie.
Ce film, fait par des anarchistes, a peu de chance de se retrouver un jour dans nos cinéplexes, il faudrait une SRC pour le montrer. Je vous en propose donc des extraits : un premier, un deuxième, un troisième, un quatrième.
Et pour finir, pour nous ramener aux réalités de la vie quotidienne, ce dialogue plein de fraîcheur et d’intelligence.

C’est toujours un plaisir de te lire Richard. Tu es comme un livre de Michel Tremblay. On veut te lire encore et encore…
Dominique
Wow Richard! Quel texte!
Tu me fais du bien en ce beau mois de Movembre! Moustache, quand tu tiens nos hommes!!!
Continue, tu m’aides à mieux respirer à côté de ces videurs d’air sans vergogne.
À la prochaine,
Lise