MONTRÉAL – Puisque c’est dans l’air du temps, je veux bien à mon tour passer aux aveux : oui, je me suis fait payer un verre, en fait je pense que c’était un café accompagné d’une pointe de tarte aux pacanes. Il était autour de quatre heures du matin, Johnny et moi faisions une halte avant de rentrer dans nos taudis respectifs, rue Napoléon.
Quand nous avons voulu payer, le garçon – ou était-ce la garçonne, me rappelle plus – nous a dit gentiment le monsieur là-bas a déjà réglé. Et qui était le monsieur en question, arrivé un peu après nous entouré d’une flopée de beaux jeunes hommes ? Michel Louvain au sortir d’un spectacle, oui mesdames que la jalousie dévore. J’étais tellement impressionné, j’ai beau être hétéro comme un marteau piqueur, je suis devenu tout chose quand le Mélodieux a posé son regard sur ma personne et m’a adressé de loin un toast complice. Johnny m’a vite corrigé ; il avait écrit une revue du dernier spectacle de celui qui a donné tout son charme à La Dame en bleu. C’était le Johnny d’avant les biographies, celui qui connaissait toutes les tounes de tous les chanteurs…
Nous sommes allés saluer le crooner. Il ne nous est jamais venu à l’esprit de refuser son pot de café, preuve que pour un Marissal, la profession compte au moins deux___________, mettez donc ici le qualificatif que vous voudrez. À la défense de Johnny – moi je n’étais là que parure – il pouvait bien écrire n’importe quoi, même un paon peut vous certifier que Michel Louvain est à la fois le plus mauvais et le moins prétentieux chanteur que cette planète ait jamais (sup)porté.
Cela se passait au chic Lux, rue Saint-Laurent. C’était plus qu’un café, c’était une institution sur quatre étages avec des mezzanines où l’on vendait tous les magazines du monde, des boutiques qui proposaient les gaminets les plus in et tout ce qu’on peut vouloir acheter à quatre heures du matin. Le Lux était ouvert 24 heures par jour et il ne ressemblait à rien d’autre dans cette ville autrement béotienne. Quand le Lux a fermé, j’ai fait mes bagages et je suis parti pour le K2, dans l’Himalaya.
Je n’ai plus jamais fréquenté les boîtes de nuit de Montréal.
Dans ma fuite, je ne suis pas allé aussi loin que Pyongyang qui vient de perdre son cheerleader, ainsi que se faisait appeler le petit Staline du coin. Kim Jong-il est mort samedi, mais le soi-disant monde libre n’a aucune raison de se réjouir parce que les preuves sont faites : le pire est toujours à venir. Après les Russes il y a eu les talibans, après Kadhafi il y a la charia, après Moubarak il y a l’armée, après le Pécul on a Frisette, après rien il y a Harper, et ainsi de suite, ad nauseam. Les Nord-Coréens ont bien raison de pleurer car après Kim Jong-il, voici Kim Jong-un.
Après tout, le désespoir.
Les exceptions sont rarissimes, mais elles confirment la nécessité pour l’humanité souffrante d’opposer son refus global à toute forme de tyrannie. Le monde, justement, a perdu dimanche un de ses phares, Vaclav Havel, meneur du printemps de Prague, vainqueur de l’Union soviétique. Il n’a pas cédé à la corruption, mais en cela il ressemblait à ce peuple tchèque qui n’a jamais aimé l’Union soviétique et qui est capable de solidarité humaine jusque dans la vie de tous les jours. Un bon pli ne se perd pas et, de tout temps, la République tchèque méritait d’avoir Havel.
Ça m’embête de penser que nous aussi, nous avons ce que nous méritons.
Triste et trop vrai!
Merci pour le divertissement et les réflexions
Joyeuses Fêtes Richard!
Ce qui va être content mon Bo Jean…
Salut à toi, à ta jolie conjointe, Joyeuses Fêtes à vous trois (ie ton fiston itou…) puis à tous les membres du TRIP qui liront cette chronique.
Pierre (et Micheline) Vennat
Joyeuses Fêtes à toute la famille!
Continue d’écrire Richard!
Lise, Jacques et Vincent.